Jean Marc Bouzanquet, supporter invétéré des “crocos” nîmois depuis 50 ans

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Jean Marc Bouzanquet, 69 ans, supporte avec passion le club de foot du Nîmes Olympique depuis plus de 50 ans. Du stade Jean Bouin au stade des Costières, il est passé par toutes les émotions avec le club gardois. Portrait d’un homme attachant.

« Je ne me souviens plus de tout. Tu vois c’est l’âge. Il faut pas demander d’interview à des vieux. » Pourtant, des souvenirs du Nîmes Olympique, Jean Marc en a plein la tête. Abonné au Stade des Costières depuis son inauguration en 1989, celui que ses collègues surnomment “le grand” n’a pas raté beaucoup de matches des “crocos” dans sa vie.

« Après le bac, ça m’a gonflé l’école. J’ai donc passé le concours de la Poste et je suis monté à Paris. » Sept années loin de sa ville et de son club lors desquelles il a toujours gardé le maillot du Nîmes Olympique collé à la peau. Comme un signe du destin, sa carrière, il la terminera en 2007 au centre de tri à Nîmes. C’est dans la cour d’une maison en plein cœur de cette ville romaine que Jean Marc, retraité de 69 ans au gabarit longiligne et au visage marqué par les années, raconte avec nostalgie ses souvenirs.

« Je n’ai manqué aucun match à domicile et je les ai suivis à Pau, Brive, Manosque dans des stades champêtres dit ! »

L’histoire du Nîmes Olympique a été marquée par des hauts et des bas. Pourtant, Jean Marc fait partie de ces acharnés qui n’ont cessé d’encourager leur équipe, quitte à avaler des kilomètres. « Je n’ai manqué aucun match à domicile et je les ai suivis à Pau, Brive, Manosque dans des stades champêtres dit ! » ironise-t-il de son accent chantant des Cévennes. Sa passion pour le foot, Jean Marc l’a cultivée dès le plus jeune âge. « C’est mon père qui m’a donné le virus du ballon, à 12 ans, quand il m’emmenait au stade Jean Bouin. J’étais frappé par l’ambiance, la foule, ça m’a filé l’amour du foot » se rappelle-t-il, nostalgique des trajets en autorail Micheline jusqu’à la gare de Nîmes.

Il garde en tête une image singulière de ce stade, situé en plein centre de Nîmes et enclavé au milieu de petites ruelles. « L’entrée de la rue Jean Bouin avec les marchands de cacahuètes à l’ancienne : tout le monde en achetait et à la fin du match il y en avait partout par terre, je te dis pas » s’amuse t-il à raconter, entre deux gorgées de verveine. Selon Jean Marc, le football a bien changé : « Contre le pognon, tu ne peux pas lutter ! J’ai des collègues qui venaient à l’époque mais qui préfèrent rester dans leur fauteuil. » Impensable pour un “acharné” comme lui. Les joueurs sont devenus « plus sérieux, plus formatés, ils sont de vrais professionnels ». Une évolution que l’abonné regrette beaucoup. « À l’époque, il y en a qui faisaient la java, ils buvaient leur demi, se souvient-il le sourire au coin des lèvres. Maintenant, ils ont une hygiène de vie irréprochable. » Mais bon, il faut bien vivre avec son temps. « Moi, en tout cas, je n’ai jamais sifflé un joueur de Nîmes » affirme-t-il avec conviction, les mains liées et bien ancrées sur la table.

« Plus que la victoire, c’est le combat : voilà l’esprit emblématique de Nîmes »

Parmi tous ces week-end passés au stade, Jean Marc conserve quelques souvenirs marquants. Comme quoi, la vieillesse n’efface pas tout. « La plus grosse ambiance que j’ai vue c’est en 1982 lors de la montée en première division contre Tours : toute la ville était en feu, on aurait dit la féria. On gagne 3-1 », narre-t-il encore sans la moindre hésitation, trente sept ans après. Avril 1977, Nîmes contre Saint-Etienne, stade plein à craquer, ambiance et ferveur incroyable. Jean Marc verra de ses propres yeux une scène surréaliste. « Le portail de la tribune a cédé sous la pression de la foule. 700 personnes se sont retrouvées assises sur le bord du terrain. Finalement, l’arbitre a accepté que la rencontre se poursuive en l’état. » Assurément une autre époque. Plus que l’équipe en elle-même, c’est surtout l’esprit nîmois qui plaît au supporter. En partance vers le stade pour assister à la rencontre face au RC Lens, Jean Marc désigne le fanion accroché au rétroviseur de sa fourgonnette. « Plus que la victoire, c’est le combat : voilà l’esprit emblématique de Nîmes. Je ne sais pas si ça vient de la corrida, mais on n’est pas comme les autres. » Avec les années, une seule chose a changé dans sa routine. Après les matches, il ne passe plus par la case apéro-resto. « Maintenant si je mange aussi tard, après je ne dors pas la nuit » plaisante-t-il, avant de couper net. « Con l’an prochain 70 ans, putain quand j’y pense…»

Aujourd’hui, à quelques minutes du match, il fait pourtant une exception en s’arrêtant à l’Annexe, le bar des supporters nîmois. « Ce sera intéressant de voir comment les jeunes joueurs se débrouillent ce soir dans un match de moindre importance » affirme-t-il, une bière à la main, comme pour se recentrer sur l’essentiel. Tout à coup, son téléphone sonne en mode “alerte générale” et le ramène à la réalité. En raccrochant, Jean Marc se lève précipitamment : « oh con, j’ai pas pris ma place moi, quel con, il me faut retourner à la maison. » C’est sûrement l’âge.

 

Charlie Courrent

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