Enfants traumatisés, chauffeur de bus matraqué, supporters gazés : la soirée cauchemardesque des supporters nîmois

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C’était probablement l’un des déplacements les plus attendus de l’année. L’un des plus proches également, entre deux villes distantes de 120 kilomètres seulement. Pourtant, ce qui devait être une belle fête dans les tribunes malgré la situation sportive du club s’est transformé en véritable cauchemar pour plus de 400 supporters nîmois. Parmi eux, des femmes, des enfants et des personnes âgées. Nîmes Médiasport a souhaité revenir pour vous sur la chronologie des évènements en s’appuyant sur les témoignages des personnes présentes ce soir-là.

« Mes yeux pleuraient à cause du gaz, j’ai dû rouler sans aucune visibilité et la police a refusé que je m’arrête » 

Malgré l’arrêté limitant le déplacement à 200 supporters seulement, ce sont bien 9 bus qui partent de Nîmes en direction du Vélodrome. Comme pour Nice la saison dernière, les dirigeants des groupes de supporters ont décidé de se déplacer en nombre, de manière pacifique, pour faire entendre raison au Préfet. Cependant et si rien ne justifie les violences observées plus tard dans la soirée, notamment les gaz sur des enfants, il est bon de se demander comment plus de 400 supporters peuvent embarquer dans des bus alors même que le déplacement est limité à 200 personnes par la préfecture. Quelle est donc la part de responsabilité du club ou des groupes de supporters ? Il est 15h45 quand Sebastien, chauffeur de bus, rejoint le parking des Costières samedi.

« On est réceptionnés par la police à partir d’Arles (qui est pourtant en dehors de l’arrêté) jusque sur l’aire d’autoroute de Lançon de Provence. De 18 heures à plus de 20 heures, on reste bloqué sur l’aire malgré les discussions avec les forces de l’ordre et l’annonce de l’arrivée d’un représentant du préfet. Vers 20h15, c’est confirmé, retour sur Nîmes. » 

Ce sont 9 cars en tout qui doivent faire demi-tour direction Nîmes et n’assisteront donc pas à la rencontre, dont les bus des Nemausus et des Gladiators, ainsi qu’une grande partie d’enfants, de familles et de seniors que l’on a déjà parquée plusieurs heures sur un parking dans des conditions déplorables. Un bus seulement, arrivé au péage de Lançon à 16 heures (heure imposée par les instances) sera pris en charge par les forces de l’ordre et escorté jusqu’au Vélodrome. C’est celui du Club Central. Les Nemausus et les Gladiators pensaient pourtant que l’ensemble du cortège arriverait en même temps pour permettre des négociations calmes avec les forces de l’ordre. Les supporters nîmois souhaitaient ainsi pouvoir permettre à la totalité des personnes ayant acheté un billet de pouvoir voir la rencontre. Manque d’organisation ou véritable désaccord entre Club Central, Nemausus et Gladiators ?

Sans possibilité de rejoindre Marseille, les supporters s’organisent pour pouvoir aller voir le match dans un bar au retour dans le Gard.

« Un des responsables des Gladiators présent dans mon bus m’a demandé s’ils pouvaient aller voir le match dans un bar, et à la sortie de Salon de Provence, j’ai essayé de sortir mais cela s’est avéré impossible. Impossible également de faire une pause pour que les femmes puissent aller aux toilettes sur une aire, et la police commençait à montrer de l’agressivité, donc j’ai simplement rejoins l’escorte. Entre Salon et Arles, la police a stoppé ma route en plein milieu de l’autoroute. Je précise que depuis le retour de Lançon, aucune consigne officielle ne nous était donné pour l’escorte comme cela doit se faire normalement lors d’un déplacement. Le bus est donc stoppé d’un coup, les CRS et policiers de Marseille sont postés devant et sur le côté et adoptent une posture de provocation. Coup de matraque sur le pare-brise et la carrosserie. J’ouvre la porte pour leur parler et les calmer et sans sommation, je prends des coups de matraque et ils commencent à gazer dans le bus. Bombe lacrymogène, grenade de desencerclement dans le bus… On m’a dit si tu refais ça, tout le monde va en garde à vue.

Après cette première incompréhensible agression, le bus nîmois, isolé du cortège, peut reprendre sa route. Là encore, le comportement des forces de l’ordre interpelle.

« À cause du manque d’air, ma porte arrière ne pouvait se fermer, et alors que nous étions en train de rouler, un policier donnait des coups de matraque dessus depuis une de leurs voitures. Sans compter qu’une fois repartis, le gaz présent dans le bus m’empêchait de rouler correctement puisque mes yeux pleuraient. Je n’avais aucune visibilité et la police a refusé que je m’arrête. »

 

« J’ai vu un père de famille se faire lyncher gratuitement par 4 policiers, devant ses deux enfants » 

Tant bien que mal, le cortège nîmois regagne le parking du Stade des Costières, il est 23 heures. Alors que les nîmois ne pensent qu’à rentrer chez eux après un tel fiasco, la situation va dégénérer, plus gravement encore cette fois. Sans explication, les CRS présents (les mêmes que sur l’autoroute) font une rangée devant le bus et commencent à gazer la foule, dans laquelle se trouvent des enfants.

Un autre témoignage, lui, fait également part de violences policières incompréhensibles au cours de la soirée.

« Mes parents m’ont toujours appris à respecter les enseignants, les professeurs, les forces de l’ordre.. mais entendre de la bouche de ces derniers « On est payé pour taper, j’étais là pour taper du marseillais, déjà je me suis régalé à taper du gilet jaune cette après-midi, au final là on se fait chier on surveille des vieux » ça fout un véritable coup. Après avoir eu la chance de ne pas avoir eu d’accident en s’arrêtant en plein milieu de l’autoroute, les CRS nous attendaient aux portes des bus sur le parking pour « taper du méchant ». Je suis écoeuré. Écoeuré de voir mon père manqué se prendre un coup de matraque pour simplement avoir demandé aux CRS de se calmer car des enfants étaient en pleurs. Nous avons réussi, au milieu d’une scène de guerre que je n’oublierai jamais, à rejoindre notre voiture, mais un monsieur d’un certain âgé s’est écroulé, gazé, sur notre capot. Je n’ai pas honte de le dire, j’ai eu peur pour mon père, pour moi et pour tous les supporters présents. » 

Ces mots reviennent souvent. « J’ai eu peur« . Peur d’être blessé ou de voir un proche blessé, et peur des forces de l’ordre. Les différentes vidéos prises sur place concordent avec les témoignages des fans nîmois. Sur l’une d’elle, on peut distinctement entendre la foule demande aux forces de l’ordre d’arrêter pour leur permettre d’évacuer les enfants. Pourtant, sans qu’un coup ne soit porté à l’attention des CRS, de nombreuses grenades lacrymogènes sont à nouveau utilisées.

Enfants en pleurs dans les bras de leurs parents, pères de famille matraqués au sol sans aucune raison, seniors violentés, tout le monde y passe. Pourtant, nous sommes là assez loin du profil type du dangereux hooligan assoiffé de sang. Si quelques provocations verbales envers les forces de l’ordre sont à signaler, dans un contexte déjà très tendu après l’agression d’un premier bus sur l’autoroute, justifient-elles véritablement les violences filmées alors ? La version donnée par la préfecture au journal Objectif Gard, hier soir, prête à sourire.

« La plupart des supporters se sont dispersés. Toutefois, un petit groupe a jeté des projectiles sur les forces de l’ordre. Les policiers marseillais ont alors tiré entre 10 à 15 gaz lacrymogènes. Une seule ayant été tiré par la police nîmoise. »

Les supporters nîmois, dont l’un a été arrêté samedi et a décidé de porter plainte lors de sa garde à vue, réfutent ces accusations. Pour eux, les CRS ont bien lancé les hostilités dès la descente de bus. Les vidéos parlent d’elles-mêmes.

Sebastien, chauffeur de bus présent, tiens le même discours que les fans nîmois.

« À notre arrivée les cars familiaux étaient présents. Les bus ultras arrivent, moi en premier, et les CRS sont pile face aux sorties des supporters. Pour éviter un conflit inévitable, je leur demande si les supporters peuvent descendre, pas de réponse. Quand les supporters sont descendus, les CRS ont gazé, sur les familles notamment, alors qu’il n’y avait aucune raison valable de le faire. » 

Si la plupart des médias nationaux se sont déjà emparés de l’affaire, les forces de l’ordre sont elles restées silencieuses jusqu’à présent. Silence radio également du côté du Nîmes Olympique, qui n’a pas eu un seul mot de soutien envers ses supporters ce week-end, excepté Laurent Tourreau qui réagissait au sujet des bus bloqués à Lançon de Provence juste avant la rencontre samedi soir. Aujourd’hui à 17 heures, les supporters se rassembleront aux Costières avant d’aller, peut-être, porter plainte au commissariat de police de la ville. Les messages de soutien venus de supporters d’autres clubs ont afflué sur les réseaux sociaux depuis dimanche matin, et il est clair que l’histoire est bel et bien loin d’être terminée. Nous donnerons d’ailleurs un droit de réponse à toutes les parties prenantes lors de futurs articles.

 

Kevin N.

1 COMMENTAIRE

  1. Superbe article bien documenté et ô combien vrai. Je suis de tout cœur avec les familles des fans du Club de Nîmes des jeunes aux moins jeunes. Selon Pierre De Coubertin, «Le sport va chercher la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre.» mas là, les autorités ont mis du chaos!

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