Interview – Nicolas Benezet : « Nîmes est toujours mon club de cœur »

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(Crédit photo : Colorado Rapids)

Formé à Nîmes, il y a signé son premier contrat professionnel en 2010. Nicolas Benezet, recalé par Montpellier quand il était plus jeune, a fait le bonheur des Costières entre 2010 et 2013. Avant une signature à Evian, et une carrière qui l’a mené jusqu’en MLS, jusqu’au Colorado Rapids. C’est depuis Denver, par téléphone, que l’enfant du club a répondu à nos questions, sans filtre.

Bonjour Nicolas, comment vas-tu ? Comment se passe le confinement outre-Atlantique ? Raconte-nous un peu tes journées et ce que ça implique au quotidien pour les américains ?

Bonjour, ça va nickel merci ! Pour le confinement, ça dépend de l’État ou tu te situes, je viens de voir que certaines équipes ont repris l’entraînement individuel, nous non. On fait des Zoom (application vidéo) avec les préparateurs physiques et on court en dehors si on peut. On a eu une première date de reprise qui a été repoussée, puis une seconde le 24 avril si je ne dis pas de bêtise, qui a été repoussée aussi au 15 mai. Ils veulent mettre en place des entraînements individuels, je sais que c’est ce qui se passe déjà au Miami FC, ils ont un ballon chacun, ils tapent contre un mur… c’est exactement ce que tu peux faire chez toi quoi. Le confinement en lui-même est moins strict qu’en France, j’ai l’impression que les gens sont plus à l’écoute et ne font pas n’importe quoi comme j’ai pu le voir sur Paris par exemple. Après ça dépend où, des idiots il y en a partout, mais à chaque fois que je sors tout le monde porte un masque.

« Il y a dû y avoir un arrangement financier entre l’agent et Toronto »

Tu as rejoint Colorado en janvier après une première expérience de 6 mois du côté de Toronto. Alors que tout semblait s’être bien passé, ton option d’achat n’a pas été levée, et tu as dit que tu t’étais fait avoir. Raconte-nous.

Je l’ai dit et je le pense toujours. Enfin, on le pense toujours, moi et les gens proches de moi. Depuis le début, je pense que c’était fixé, que je n’allais pas faire les 6 matchs en tant que titulaire, nécessaires à la levée de l’option d’achat. À mon arrivée il restait 11 matchs, si j’en jouais 6, l’option d’achat était levée. Après le premier match, le directeur sportif vient me voir et il me dit « Écoute Nico, si tu ne fais pas les six matchs ne te fais pas de soucis, on verra avec Guingamp pour lever l’option ». Sur le coup je n’ai pas percuté, puis il m’a répété pareil après le troisième match. Juste avant de devoir jouer le sixième match, c’était le dernier en saison régulière, il revient me voir et il me dit « écoute, je ne sais pas si le coach te fera jouer, mais si ce n’est pas le cas ne t’en fais pas on lève l’option d’achat cette semaine ». L’entraînement se termine, j’apprends que je suis remplaçant. J’étais fou, car je voulais absolument jouer ces 6 matchs en saison régulière. Puis le coach vient me voir, et il me dit qu’il est désolé, mais que ce n’est pas lui qui décide et que c’est le directeur sportif qui lui a dit de ne pas me faire débuter. Je pense que l’agent qui s’est occupé de mon transfert, Jérôme Meary, le savait depuis le début, aussi bien que le directeur sportif. Il y a dû avoir un arrangement financier entre l’agent et Toronto pour que je puisse venir les aider presque gratuitement pour eux. C’est quand même bizarre, au bout du premier match, on commence à te parler de l’option d’achat. Meary n’est pas mon agent, mais il a beaucoup de connaissances en MLS, à ce moment-là ça m’a plu.

Pourquoi avoir choisi de rejoindre les États-Unis aussi tôt dans ta carrière ? Est-ce que tu te vois revenir un jour en France ou en Europe ou pas ?

Moi j’avais envie de partir à ce moment-là, à 28 ans, de voir autre chose. Le projet de Toronto est arrivé sur la table, j’avais le choix entre ça et un club dans un autre pays. Malgré la fin de l’histoire, je pense que j’ai fait le bon choix. Je voulais découvrir une nouvelle culture, une nouvelle langue, voir comment ils abordent le football. Je sais qu’il y a des avantages à jouer ici, sur le plan des entraînements et des installations notamment. Elles sont beaucoup plus grandes. Les infrastructures que j’ai pu voir à Toronto, je ne suis pas sur qu’un club de Ligue 1 ait la même chose, et les nouveaux clubs qui arrivent ont également des installations magnifiques. Et puis il y a une toute autre approche qu’en France, où on peut dire que la défaite du week-end est de ta faute parce que tu es arrivé en retard à l’entraînement le mardi d’avant. Ici, ça n’arrive pas. Tant que tu es bon sur le terrain, dehors tu fais ce que tu veux. Et la MLS est de plus en plus médiatisée et connue, à terme je pense que ce sera un bon petit championnat pour des joueurs pourtant censés évoluer dans des gros championnats européens. Pour la France, je ne sais pas du tout de quoi demain sera fait, mais si je peux rester ici, je reste.

Quelles sont les différences entre le football français et celui en MLS ? Et en tribunes ?

Le football français est trop tactique. Il ne faut pas prendre de buts, ne pas perdre, et au pire on fera nul. Aux USA on joue pour gagner, pour marquer le premier. On ne pense pas à « et si on prend un but ». Quand tu es attaquant, c’est top. À Toronto on avait une belle équipe pour ça. Tu n’abordes pas le match de la même façon, les offensifs sont beaucoup plus sereins. En France même les attaquants doivent défendre, avant même le début tu penses déjà au fait que si tu perds un ballon, tu dois revenir défendre. Ici, les défenseurs défendent, les attaquants attaquent. Et en tribune, le foot est de plus en plus réputé. L’an dernier j’ai joué deux finales : il y avait 45 000 spectateurs en finale de conférence, et 70 000 spectateurs pour la finale des play-offs. Niveau ambiance, je n’ai jamais connu ça. Malgré la défaite en finale, c’était exceptionnel.

Lorsque la saison bat son plein aux USA, comment ça se passe pour tenir le rythme avec notamment de très longs déplacements ?

Alors quand on va reprendre je pense que ça va être compliqué parce qu’on va devoir jouer tous les 3 jours. Mais pour te parler de la saison dernière, le rythme est différent. Le matin on doit être au centre d’entraînement pour 10 heures, mais l’entraînement commence à 11h30. On termine plus tard qu’en France, je rentre à la maison vers 14h30 voire plus tard. Mais au centre, tu fais tout. Tu déjeunes là-bas, tu t’entraînes puis tu manges là-bas. Pareil, ce n’est pas la cantine en France. Ici, tu as des chefs qui te font à manger, toutes les conditions sont réunies pour réussir. Ensuite, entraînement tous les jours, et si on a match le samedi à l’extérieur, on part en avion le vendredi après l’entraînement du matin. Je n’ai pas eu énormément de longs déplacements, franchement tu t’y fais bien.

Reparlons un peu de ta carrière en France. Tu as explosé à Nîmes entre 2010 et 2013, où tu as disputé près de 100 matchs et connu l’Équipe de France Espoirs. Tes années à Nîmes sont-elles les plus belles de ta carrière française ? Quelle est encore aujourd’hui ta relation avec le club ?

Je ne sais pas si ce sont mes plus belles années sportivement parlant, mais ça restera l’une des périodes dont je me souviendrai toujours. Malheureusement, juste après ma signature en pro, on descend en National. Ça fait mal de subir une relégation dans ton club de cœur, mais on a eu la chance de remonter en Ligue 2, puis j’ai réussi à faire une assez belle année pour essayer de pouvoir aller voir plus haut. Mais ces années professionnelles, bien évidemment que je ne peux les oublier, j’étais dans le sud, avec ma famille et mes amis, je signe pro dans le club qui m’a fait confiance. Aujourd’hui, Nîmes est toujours mon club de cœur, j’ai toujours des copains qui y jouent (Gaëtan Paquiez, Renaud Ripart, Nolan Roux) et ça me fait plaisir de les soutenir.

« Dupraz a été un beau parleur » 

Tu as passé 2 saisons du côté d’Evian avant la relégation du club et ton transfert à Guingamp. Apparemment, tes relations avec Pascal Dupraz étaient compliquées ?

Déjà, je ne suis pas le seul avec qui il y a eu des soucis, mais pour mon cas personnel, Dupraz ça a été un beau parleur. À aucun moment il n’a respecté ses engagements, ça allait de mal en pis, je ne retiens aucun bon souvenir avec lui, si ce n’est le maintien contre Sochaux le dernier match, et encore il n’y est pas pour grand-chose. Heureusement que j’avais des bons coéquipiers, car avec le staff et Dupraz ça ne se passait pas spécialement bien. Lui, il ne respecte pas les joueurs.

Tu es également rapidement passé par Caen, où cela s’est bien mieux passé il me semble ?

C’est mon agent qui m’a parlé de partir, mais Dupraz ne voulait pas. Le dernier jour du mercato, mon agent m’appelle en me disant que Dupraz accepte que je parte, et il me demande si je veux être prêté à Caen. Moi, je voulais partir n’importe où en Ligue 1 tant que c’était loin de lui. J’ai pris ma voiture, du jour au lendemain j’ai fait 9 heures de route, et ça a été un bol d’air frais autant sur le plan sportif que sur l’humain. Caen était dans les derniers, mais on a fait des séries de fou, on avait une vraie équipe de copains et une équipe talentueuse, j’ai pu m’exprimer sportivement. Le directeur sportif me voulait, le coach a mis du temps à me faire jouer, je n’avais pas spécialement ni de bonnes relations ni de mauvaises relations avec lui. J’aurai aimé pouvoir y retourner définitivement mais cela ne s’est pas fait.

Tu es ensuite passé du côté de Guingamp entre l’été 2015 et l’hiver dernier. Tu as connu de très bons passages, mais aussi des moments plus compliqués. Justement, qu’est ce qui n’a pas fonctionné à l’EAG l’année de sa descente ?

Déjà, j’ai eu une grosse pubalgie pendant un an et demi. J’ai dû partir en centre spécialisé pour me remettre sur pied, c’était compliqué niveau médical, ça a été très long. J’étais nouveau au club, plutôt performant, et au final mon corps ne suivait plus. Je voulais me faire opérer, le coach ne voulait pas, il a voulu que je force, j’ai joué sous infiltrations. Je me souviens d’un match à Lorient, le lendemain je ne pouvais plus marcher, j’ai dit stop. L’année de la descente, on a eu pas mal de pépins extra-sportifs qui ont affaiblit l’équipe, tout le monde est au courant, il y a eu pas mal de petites histoires qui ont fait que sur le terrain c’était compliqué. On n’a pas été aidé non plus, j’ai le souvenir du match contre Paris, on mène 1-0, on marque le second but qui est finalement refusé pour une soi-disant faute, puis on perd. Ça s’est joué sur pas mal de détails.

Quel est le joueur le plus doué avec qui tu aies pu évoluer jusqu’à présent ? Présente-le-nous un peu.

Oh c’est surement Alejandro Pozuelo avec qui j’ai rapidement joué à Toronto. Ça a été un plaisir, c’est un footballeur espagnol, numéro 10, très technique. Je n’avais pas l’habitude de jouer avec ce genre de profil, vraiment très beau techniquement. Pas rapide mais très intelligent dans le jeu, et qui joue pour les autres.

Et l’adversaire qui t’as le plus marqué ?

C’est Verratti. Techniquement très fort, il joue très bas et ce qu’il arrive à faire dans des zones improbables, ça m’a vraiment impressionné.

Pour finir, vous vous chambrez beaucoup sur les réseaux avec Emmanuel Imorou, ton ancien coéquipier à Caen. Est-ce que tu penses vraiment qu’il parle mieux anglais que toi ?

Je pense qu’il pense être meilleur que moi, mais on sait tous que c’est faux. (rires)

 

 

Kevin N.

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