Franck Maurice : « L’USAM doit regarder les meilleurs dans les yeux »

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(c) USAM

Aujourd’hui nous allons faire la connaissance de l’entraîneur de l’USAM Nîmes Gard : Franck Maurice.

A travers cette interview vous aurez l’occasion de connaître son parcours, ses ambitions aussi bien personnelles que collectives. Vous saurez ce que représente l’USAM pour lui, pourquoi a-t-il fait entraîneur après sa carrière de joueur et comment il a géré la crise avec son staff.

NM : Bonjour M. Franck Maurice, vous êtes l’actuel coach de l’USAM, un des meilleurs clubs de handball en France. Pour nos lecteurs pourriez vous rapidement vous présenter en nous racontant votre parcours ?

Bonjour je m’appelle Franck Maurice, j’ai 48 ans. Je suis entraîneur de hand depuis 2002. J’ai commencé par entraîner le Pôle espoir masculin de Besançon, puis l’équipe senior masculine de Besançon en Nationale 1, et ensuite en Pro D2. J’ai par la suite coaché Saintes en Pro D2 pendant 5 saisons.

Après cela je suis arrivé à Nîmes où j’ai d’abord entraîné le centre de formation. Depuis 4 ans et demi je suis entraîneur de l’équipe première de l’USAM.

Qu’est-ce qui vous a emmené au handball ? Aviez-vous d’autres sports en ligne de mire ?

Etant petit je vivais à Gagny qui était un des plus grands clubs français des années 80. C’est une ville de hand, quand on était Gabigyen c’était normal de faire du handball. Dans mon souvenir c’était une évidence, j’ai fait un peu de tennis mais tout naturellement, j’ai plutôt continué le hand.

Pourquoi après votre carrière de joueur avez-vous choisi le métier d’entraîneur ?

Avant de passer pro, j’ai été étudiant à l’UFR STAPS jusqu’en licence, mais je me suis aperçu que je ne voulais pas être prof d’EPS.

Quand je jouais à l’USAM, j’entraînais l’école de handball. Je me suis rendu compte que l’adrénaline du quotidien d’un sportif professionnel allait me manquer. Le seul moyen de retrouver cela, était d’être coach. Cela permet de retrouver les sensations des matchs, on les vit un peu par procuration mais on les vit quand même.

(c) Handzone – Franck, toujours partout !

J’ai pris autant de plaisir à entraîner des équipes de ligue que le centre de formation, que les professionnels.

Ce qui me fait avancer c’est le plaisir d’être toujours sur le terrain, de pouvoir vivre de ma passion.

Quelles sont les qualités requises pour être un bon entraîneur en Starligue ? Quelles sont les choses qui font que vous aimez votre métier et quels sont ses points négatifs ?

Je pense qu’il faut être honnête, juste. Cela ne veut pas dire que l’on prend tout le temps les bonnes décisions. Il faut que les décisions prises soient dictées par la performance, l’amour des joueurs et la justesse. Cela me parait être l’élément essentiel dans notre métier.

Pour ce qui est des points négatifs ce serait plutôt le fait que c’est un métier indécis. Il demande de se déplacer, déménager souvent. Mes trois enfants sont nés à trois endroits différents. Il y a un peu de précarité dans ce que nous faisons.

Il y a aussi pas mal de points positifs : on a beaucoup d’émotions, on fait de nombreuses rencontres humaines. C’est ce qui me fait avancer. J’ai la chance de travailler avec un super staff et des joueurs avec qui on a la possibilité de nouer des liens. C’est la richesse de ces rencontres là qui fait que ce métier est super.

Qu’avez-vous retenu lors de vos différents passages en temps que formateur au Pôle Espoir de Besançon et à celui de Nîmes, ainsi qu’en tant qu’entraîneur à l’ES Besançon et à l’US Saintes? Quelles leçons avez vous tirées de ces périodes?

J’ai d’abord appris que je ne détiens pas la vérité et que l’on s’enrichit toujours du contact avec les autres.

C’est ce qui fait notre force à l’USAM, j’essaye de m’appuyer sur un staff qui est de grande qualité, sur les leaders du groupe et sur les joueurs qui ont de l’expérience. Je serais vraiment idiot de ne pas pouvoir échanger avec Mickaël Guigou ou Vid Kavtičnik, qui ont une expérience extraordinaire.

Le partage est aussi quelque chose que j’ai appris. Intégrer les joueurs dans le processus de décision, c’est essentiel si on veut manager un groupe.

(c) handplanet – Le bras droit du président

Quel a été le moment le plus difficile de votre carrière d’entraîneur ? Quel a été le meilleur ?

Je crois que le meilleur moment a été quand nous avons fait la fête sur le terrain avec les joueurs, la saison dernière. On nous a remis un ticket fictif où il était écrit:  » Vous êtes qualifiés pour la Coupe d’Europe ».

J’ai pris conscience de tout le travail que nous avions effectué avec le staff et les joueurs.

L’émotion de la finale de la Coupe de France à Bercy a aussi été extraordinaire.

Ce que je retiendrai toujours c’est mon premier match en tant que coach, c’était avec la sélection de Franche Comté, les garçons étaient nés en 1987.

C’était leur premier tour d’interligue (compétions entre chaque régions), contre le Lyonnais et la Bourgogne. Je n’ai jamais été aussi stressé, même en tant que joueur. Cela a été un moment particulier.

Je n’ai pas eu de réel moments difficiles. Par contre j’ai déjà eu par le passé des situations difficiles, notamment quand votre poste est menacé. Vous ne savez pas si vous serez encore l’entraîneur de l’équipe la saison prochaine.

Ce sont des moments compliqués à vivre, surtout lorsque votre famille vit de votre activité professionnel. Dans ces moments de doute on a l’impression que l’on a manqué quelque chose avec l’équipe.

Ce qui est important c’est de transformer ces moments-là en énergie positive. C’est difficile de le faire au moment où cela arrive, mais il faut réussir à rebondir.

Quelles sont vos relations avec les autres entraîneurs de Starligue et en Europe ? Y’a t-il un coach qui vous inspire parmi tous ceux que vous avez connu ?

Je dirais que j’ai des relations professionnelles qui sont cordiales, mais cela reste dans un domaine concurrentiel. On a tous intérêts à être meilleur que l’autre, que ce soit pour nous ou pour le club que l’on défend.

Je pense être quelqu’un d’abordable, je n’ai donc pas de problème de relations avec les autres entraîneurs. Il y en a avec lesquels j’ai plus d’atomes crochus, mais après tout cela reste du domaine de la vie privée.

Les entraîneurs que j’ai eu en tant que joueurs m’ont marqué. Quand on est passé par l’école Gabygnaine, que l’on a eu la chance de côtoyer Jean Michel Germain, Philippe Donatien…

J’ai eu aussi la chance de côtoyer Daniel Constatini, cela reste des hommes qui ont marqué ma carrière.

(c) Wikimedia – Une histoire de vainqueurs !


Après je suis admiratif des hommes qui gagnent avec caractère, on ne peut pas être insensible au palmarès de Patrice Canayer, à la façon dont Rangès a animé le jeu des équipes qu’il a entraîné.

J’aime aussi les managers qui savent rebondir, se remettre en question. Je pense notamment à Olivier Krumbolz. Il a eu une première carrière, puis une remise en question, ensuite il a eu une seconde carrière riche en titres.

Terminer à la 3ème place du championnat de France cette année, est-ce une surprise ? L’USAM peut-elle vraiment faire mieux ?

Cette troisième place n’est pas une surprise, quand on est à l’intérieur de ce groupe et de ce club-là, on sait que l’on peut aller embêter les meilleurs. Il n’y a pas beaucoup d’équipes qui ont battu le PSG, Nantes et Montpellier ces dernières saisons, nous faisons partie de ces équipes.

Ce qui nous manquait avant c’était de la régularité, nous avons réussi à l’avoir la saison passée. La régularité que nous avons eu sur 18 rencontres, nous allons essayer de l’avoir sur toute une saison.

S’installer est difficile, durer encore plus et je crois qu’aujourd’hui notre ambition est de durer, continuer à s’installer.

On est aujourd’hui dans un contexte hyper concurrentiel, où il y a derrière nous des équipes qui ont beaucoup plus de moyens que nous. Mais nous dégageons peut-être quelque chose de différent.

Dans les équipes que j’entraînais, je me fixais toujours comme objectif de leurs donner du caractère. Avec un fort caractère on peut plus facilement se construire en tant qu’équipe. Cela a toujours été un objectif.

Si l’équipe a de l’ambition, je trouve ça juste de défendre ce que l’on a fait la saison passée, en tout cas c’est l’objectif.

Je ne dis pas que nous serons à nouveau sur le podium. Ce que j’ai envie c’est que nous soyons tous les ans en coupe d’Europe, c’est à dire dans les cinq premiers. Si les saisons continuent à se ressembler, je l’espère, pourquoi pas aller regarder les meilleurs dans les yeux, et les regarder le plus longtemps possible.

Quels sont vos objectifs personnels pour les années à venir ? Voyez-vous votre carrière se tourner vers d’autres postes à terme ?

J’ai tellement de chance d’être là où je suis que je me projette d’abord sur ce que j’ai envie de faire ici. On verra après quand je serai un peu plus vieux. Cela ne fait que cinq ans que j’entraîne à Nîmes, à ce niveau-là.

J’ai envie de profiter de ce que l’on va me donner, de prendre du plaisir. C’est ce qui m’aide à avancer tous les jours.

J’ai la chance d’être dans un des meilleurs club français. Celui qui dégage l’histoire et le palmarès le plus important avec le club d’Ivry, avec qui j’ai eu aussi la chance de jouer.

Je ne cherche pas les récompenses individuelles. La reconnaissance, dans le regard des joueurs, du staff et du président, me suffit.

Team ambassadeur « pro »
Nous sommes fiers d’accueillir Franck Maurice 💚💚💚
🔵⚪️🔴
⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️/⭐️⭐️#handball #nimes #lehandballalafrancaise #teamhandball pic.twitter.com/wcFNgFytB8

— HandballàlaFrançaise (@hbfrancaise) July 21, 2020

Qu’apporte un joueur d’expérience comme Mickaël Guigou ? Comment se gère un joueur d’envergure internationale comme lui ?

Il a une expérience extraordinaire, je ne vais pas lui apprendre à jouer au handball. Il a des choses à faire partager, qu’on écoute.

C’est quelqu’un à qui il faut laisser la place, non seulement à l’intérieur du vestiaire, mais aussi dans la préparation du projet de jeu. On a petit à petit trouvé la bonne distance, les bons termes d’échange avec Micka.

Au fur et à mesure que la saison avançait, il a de plus en plus donné son avis. Et il s’est de plus en plus impliqué dans la réflexion et la préparation d’avant match.

C’est important car cela a pu lui donner la dimension dont il avait besoin. Il a apporté à l’équipe, individuellement, collectivement. Je pense notamment à Elhoim Prandi qui réalise la saison qu’il fait en partie grâce à Guigou qui l’a aidé.

Tout cela ne se quantifie pas, je n’ai pas l’impression que l’on puisse mettre un chiffre à ce qu’il apporte. C’est justement parce que ce n’est pas mesurable que c’est important.

Que représente l’USAM pour vous ? Quelles sont vos relations avec David Tebib, le staff et les supporters Nîmois ?

L‘USAM représente l’équipe que Gagny avait du mal à battre dans les années 80 quand j’avais dix ans et que j’étais dans les tribunes en féraille du gymnase Marcel Cerdan. L’USAM représentait déjà pour moi une équipe valeureuse, combative, dure au mal.

En tant que Gabygnien je me suis construit dans la confrontation avec l’USAM. J’avais l’impression que le club dégageait des valeurs qui me correspondaient. Pour moi cela a du sens de coacher ici, c’est aussi fort que si j’entraînais mon club formateur.

Les joueurs, le staff et les dirigeants doivent être garants et fiers de ces valeurs. La relation avec les dirigeants est centrée autour de cela : faire en sorte de donner la meilleure image du club possible et continuer à performer. En étant de plus en plus exigeant. Le club se construit patiemment, il a appris des difficultés traversées par le passé.

Pour ce qui est des relations avec les supporters, elles sont simples : ce qui lie les gens, c’est de gagner des matchs. Tant que nous gagnerons des matchs, cela se passera bien. Le jour où nous en gagnerons moins, j’espère que cela n’arrivera pas, certainement qu’il y aura un peu de friture sur la ligne.

Je ne suis pas un lapin de six semaines, je sais très bien comment cela se passe. L’idée n’est pas de continuer à avoir de bonnes relations avec les gens, l’idée c’est de continuer à gagner des matchs.

Julien Rebichon dit souvent que l’équipe vit bien, qu’elle est facile d’accès, sympa. Oui mais c’est une équipe qui gagne aussi. C’est plus facile de rentrer dans une équipe qui gagne des matchs et de passer des bons moments ensemble.

Quelle est votre journée type ? Comment avez vous géré la crise covid en terme de relationnel avec vos joueurs ?

Ma journée type serait : j’arrive au Parnasse le matin entre 8h30 et 9h. Quand on a entrainement le matin, on revoit la séance que l’on va mettre en place, soit on peaufine la préparation de la séance ou on prépare la vidéo. Ensuite on accueille individuellement les joueurs, soit pour du travail vidéo, soit pour un entretien. Généralement on s’entraîne vers 10h.

Si il y a une séance l’après-midi, on se retrouve au Parnasse pour repréparer la séance, nous faisons le point sur ce qui a été fait la séance précédente. Cette journée type se termine aux alentours de 18h.

Les journées de match sont particulières : on fait le warm up le matin vers 10h30. On se retrouve pour la collation en milieu d’après midi, et nous faisons la préparation vidéo.

Nous arrivons au Parnasse à peu près deux heures avant le match, la causerie d’avant match se passe dans le vestiaire une heure et demie avant le début du match.

Tout le travail effectué dans la semaine, toutes les heures passées devant son ordinateur à faire des analyses vidéos avec le staff, tout ceci n’a de sens que pour cette heure là dans la semaine (le match).

Il y a un lien fort dans ce groupe. Donc pendant la crise, avec le staff on a pris parti de continuer à tisser ce lien, à l’entretenir. Pendant le confinement, nous pouvions le faire que par visioconférence.

Nous avons tenu à ce qu’il y ait au début une visio, puis deux visios dans la semaine pour que les joueurs se retrouvent, continuent à discuter ensemble, et qu’ils aient l’impression qu’une sorte de « vestiaire virtuel » existait. Nous avons vraiment insisté là-dessus. Je crois que nous avons été le club français qui a maintenu les visios le plus longtemps, cela a duré jusqu’à la fin du confinement.

(c) sportmag – La passion n’est jamais de trop.

Sur ces visios-là, le président Tebib, en qualité de président de l’UCPH, donnait des informations concernant les consignes sanitaires et la reprise de notre activité.

Nous avons mis à disposition des joueurs un diététicien, le préparateur mental a pu échanger avec eux. Le préparateur physique était disponible s’ils voulaient s’entretenir physiquement pendant cette période. L’idée était d’être à disposition des joueurs s’ils en avaient besoin.

Depuis la reprise, l’objectif est de préparer la saison qui arrive. Nous avons travaillé pour adapter la reprise, imaginer les journées d’accueil, les journées de test, être en capacité de proposer un programme de reprise progressive. Il faut ensuite préparer le projet de jeu, pour faire en sorte que cette équipe puisse aller renverser des montagnes.

Merci pour vos réponses, auriez-vous un dernier mot pour les fans de l’USAM qui nous suivent ?

Je voudrais leur dire qu’ils nous manquent, et que nous sommes impatients de les retrouver. Tout ce que nous allons faire d’ici au premier match, c’est se préparer à être l’équipe qu’ils ont quitté la saison dernière. Une équipe enthousiaste, performante, dynamique, qui lâche rien et qui gagne des matchs.

Raphaël Fesquet pour Nîmes Mediasport

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